samedi 14 décembre 2013

Le Pendu de la Porte Saint-Martin, le polar feuilleton : Chapitres 1 et 2

Nous vous proposons depuis début décembre de suivre le polar-feuilleton de Christine Matéos intitulé Le Pendu de la Porte Saint-Martin. Si vous avez raté le précédent épisode retrouvez le ici.
N'hésitez pas à interagir avec l'auteur, en laissant un commentaire sur son site, un nouvel épisode étant publié chaque dimanche, vous pourriez découvrir que certains de vos commentaires ont été intégrés.

Le mot de l'auteur : « Au XIXème siècle, les journaux avaient leurs feuilletons. Au XXIème siècle, nous avons les blogs, alors pourquoi pas un "blog-feuilleton" ? Je vous propose de suivre cette histoire, qui se déroule en 1830, pour l'essentiel dans un théâtre parisien, mais dont tous les personnages sont imaginaires. Mieux que les lecteurs du XIXème siècle, vous pourrez, en publiant des commentaires, faire savoir ce que vous en pensez au fur et à mesure, et, pourquoi pas, influer sur le fil de l'histoire...»

Chapitres 1 et 2

Frédéric Legrand avait exigé que ce soit Monsieur Alphonse lui-même qui ouvre chaque soir le rideau de scène au début du spectacle. Ce n’était pas parce que Monsieur Alphonse était le régisseur du théâtre que le comédien vedette de la troupe de la Porte Saint-Martin l'avait désigné pour accomplir cette tâche, c'était à cause de ses particularités physiques : il était grand, maigre et pourtant assez musclé. Or Frédéric Legrand affirmait qu’il était essentiel, capital, fondamental, que le rideau s’ouvre le plus rapidement possible. Selon lui, le mouvement vif du rideau, s’écartant pour révéler le décor, captait d’emblée l’attention des spectateurs. Alors qu’une ouverture plus lente, plus molle, leur laisserait croire qu’ils pouvaient sans inconvénient continuer leurs conversations, au risque de rater les premières répliques de la pièce.
Monsieur Alphonse avait donc pour consigne de sauter pour attraper la corde… Attention, l'explication lui en avait été donnée sans prononcer ce dernier mot et le régisseur ne devait pas le prononcer non plus, pas plus que quiconque en ce lieu sous peine d’être mis à l’amende au nom d’une vieille superstition communément répandue dans les théâtres et avec laquelle Frédéric Legrand n’entendait pas que l’on plaisante. Le comédien, qui tenait à la plus grande précision, utilisait le terme que les machinistes avaient communément adopté, c'est-à-dire le « fil de commande ».
Monsieur Alphonse devait donc sauter pour attraper la … le fil de commande, et le tirer vers le bas d’un mouvement rapide de tout son corps se ramassant sur lui-même, puis se redresser au plus vite pour exercer une série de tractions avec l’une et l’autre de ses mains alternativement, sans jamais ralentir jusqu’à l’ouverture complète du rideau. Le comédien lui avait fait recommencer plusieurs fois la manœuvre en observant le résultat depuis la salle avant de se déclarer satisfait.
Certes, Frédéric Legrand était un peu tyrannique. Mais il ne serait venu à l’idée de personne d’en formuler le reproche. Il était, en cette année 1830, l’acteur le plus célèbre du Boulevard du Crime et il faisait accourir chaque soir à la Porte Saint-Martin un public nombreux, qui remplissait les poches du directeur en même temps que les siennes et permettait à tous les artistes et employés du théâtre d’être régulièrement payés à la fin du mois. La chose était assez rare pour être appréciée en ces temps difficiles. Il y avait pourtant deux autres raisons pour lesquelles chacun de ses conseils était reçu comme un ordre et chacun de ses ordres exécuté à la lettre avec le plus grand zèle. D’abord, il se trompait rarement. Un sens inné de tout ce qui touchait au théâtre lui permettait d’avoir des idées lumineuses non seulement sur la mise en scène, mais aussi sur la façon de jouer de ses partenaires, sur les décors, les costumes, les accessoires, et tout ce qui, de près ou de loin, avait trait au théâtre. La deuxième raison était qu’il émanait de lui une telle autorité naturelle qu’il ne serait tout simplement venu à l’idée de personne de le contredire. De personne… sauf de Clotilde, et justement à propos de l’ouverture du rideau.

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